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Tour d'ivoire

Bouchard et Ecclestone m’ont fait régurgiter mon omelette. Mais je suis un terroriste.

Gabriel Marquis
5 juin 2012

C’était peut-être les vapeurs de la Ruche qui me donnaient le tournis. Ce fut un beau party, faut le dire.

Reste qu’hier matin, Sylvain Bouchard et Bernie Ecclestone m’ont fait remonter mon omelette réchauffée au micro-onde de l’avant-veille.

M. Bouchard est venu parler de son mouvement des Cols rouges à la radio d’État.
Tsé, le mouvement des travailleurs honnêtes qui ne peuvent manifester les mardi après-midi parce qu’ils…travaillent. Tsé, là, les vrais travailleurs qui travaillent du lundi au vendredi de 9 à 5 parce que c’est bien connu que ceux qui travaillent en d’autres moments sont de faux-travailleurs. Tsé, ceux qui travaillent pour et tirent leur revenu de l’État, mais refusent d’être qualifiés de fon-fonctionnaire. Tsé, ceux qui chialent après les étudiants qui ne paient pas d’impôts, mais qui font tout en leur pouvoir pour « crosser le système » une fois rendu à la fatidique période de l’année. Tsé, la « majorité silencieuse », mais toute-ouïe aux propos d’un animateur de radio privée qui vocifère contre l’État et les programmes sociaux.

Tsé, ceux sont dérangés par les manifs de casseroles…entre le Banquier et Denis Lévesques à la télé.

Tsé là, ceux qui trouvent le temps d’aller manifester pour ramener une équipe de Hockey à coup de grandes subventions publiques.

Tsé ceux qui se plaignent que c’est épouvantable, les manifs à Montréal, que ça empêche le tourisme, le commerce, les festivals…mais qui ne mettent jamais les pieds dans la métropole et n’avaient jamais entendu parler de Gilbert Rozon avant la semaine passée.

Bienvenue à Québec pour un petit cinq minutes…

Que Bouchard utilise la plate-forme d’une radio privée pour se faire le porte-parole lucratif de «la majorité silencieuse », terme galvaudé qui représente au moins les intérêts de ses patrons, ça passe toujours. Après tout, il y en a à gauche qui utilisent sans trop de discernement le mot « peuple » pour parler de la « minorité bruyante ». Il y a de ces mots valises dont la signification dépend de ce qu’on veut bien mettre dedans…. Par ailleurs, Bouchard est pas mal moins épais et vulgaire que l’était Fillion, avouons-le. Son mouvement est légitime.

Non, ce qui m’emmerde c’est que Bouchard, tire à boulet rouge sur les étudiants, les artistes, et ceux vivent apparemment de gargantuesques subventions, mais passe complètement à côté des « mendiants millionnaires ». Je parle de ceux qui siphonnent le denier public, bien plus que ton voisin B.S. avec des tâches de moutarde sur sa camisole, chose.

Ecclestone le mendiant millionnaire

Outre les Bettman ou Péladeau de ce monde, parlons un peu de Bernie Ecclestone.

On apprenait récemment que le patron de la F1, s’était lancé dans une énième campagne de chantage au sujet des prochains Grands Prix à Montréal. Malgré de généreuses subventions de 75 millions de dollars sur cinq ans que lui verseront Ottawa, Québec et Montréal, le sympathique milliardaire, 4 ème fortune britannique, refuse de payer un sou d’impôt. Pas un penny au Canada, pas une cenne au Québec, niet.

Bernie Ecclestone

Quelles conceptions du bien public, de la « majorité silencieuse », des citoyens, de l’État ou de la démocratie ce gentilhomme peut-il défendre ? En juillet 2009, il aurait déclaré au Times qu’Hitler était en mesure de mettre au pas beaucoup de gens, rendant son régime plus efficace. Il soulignait que la démocratie n’avait pas été bénéfique à plusieurs pays, y compris la Grande Bretagne). Il devait ajouter que le problème avec la démocratie, c’est qu’il y avait toujours une opposition et que ça prenait plus de temps avant de faire les choses.

Ecclestone vantait également les talents de son ami Max Osley, fils d’un ancien leader fasciste britannique et visiblement sympathisant nazi, au titre d’éventuel Premier Ministre. Ah bon.

À cela s’ajoute plusieurs propos misogynes, notamment que les femmes « devraient s’habiller en blanc comme les autres appareils électroménagers. »

http://www.usatoday.com/sports/motor/formula1/2009-07-06-ecclestone-remarks_N.htm
http://sports.espn.go.com/rpm/news/story?series=irl&id=2092194
http://www.tobaccouse.info/bernie-ecclestone-the-formula-one-boss-says-despots-are-underrated/

Voilà qui nous en dit plus sur le l’octogénaire amateur de pitounes et de travail bien fait. Sauf que le gars est bien plus dangereux que Hugh Hefner, parce qu’éminemment plus politique.

Ecclestone s’est excusé pour ses propos.

Ecclestone le mégalomane

Mais il n’est pas seul. Je pense qu’il représente l’archétype du milliardaire mégalomane sociopathe, déterritorialisé et convaincu qu’il est le seul responsable de sa fortune par une supériorité que la nature lui a donné : les autres sont inférieurs et c’est donc normal qu’on les exploite, qu’on les écrase au besoin. Un genre de loi du plus fort, de darwinisme social, quoi.

Exactement ce que pensaient les fascistes des années 30. Cette vision des choses est latente chez certains bonzes cosmopolites de la finance ou à travers le comportement d’entreprises multinationales ultra-subventionnées par vos poches qui vont menacer de s’en aller ailleurs dès que vous leur couperez le biberon. Il n’y a aucune morale que le profit immédiat. Aucune notion de bien public ou de société pour l’entité qui ne connait pas de limites et d’attachement territoriaux.

Le problème, c’est que si des gens ou des entreprises ont autant de pouvoir, c’est qu’on veut bien leur en donner. Sans notre acceptation béate de la situation, ils n’iraient pas loin. J’en reviens à Bouchard. Pourquoi ne s’attaque- t-il jamais à ces parasites ? S’il désire une gestion plus saine de l’État, il devrait s’intéresser davantage à leurs activités et à leurs liens avec la classe politique. De la même façon, il comprendrait un peu mieux les fondements (ou le carburant) de la crise qui sévit au Québec et en Europe.

Mais ce n’est pas forcément dans son intérêt. C’est plus facile de traiter la minorité qui s’inquiète de « nazi » que de s’aliéner la majorité qui dort au gaz et dont le consentement silencieux a historiquement facilité la montée de régimes douteux.

Un ami m’a pratiquement accusé d’inciter au sabotage du Grand Prix parce que j’ai écris sur Facebook que Bernie Ecclestone était un trou du cul. Puis-je simplement donner mon avis très défavorable au financement public de cet événement et à la personne d’un vieux milliardaire à tendance fasciste, sans être traité de terroriste ?

Un commentaire
  • Pierre
    6 juin 2012

    Le stéréotype de la dite «majorité silencieuse» présenté dans le texte me dérange. Je crois faire partie de cette «majorité» qui est en désaccord avec le mouvement de grève. Par contre, je ne travaille pas de 9 à 5. Je n’écoute que rarement la TV et lorsque c’est le cas, je l’écoute en anglais. Les shows bidon à TVA ou tout poste semblable ne m’intéresse pas (encore moins leurs nouvelles). Je ne «cross» pas le système lorsque les impôts arrivent. Je crois avoir un esprit critique développé qui me permet de me forger ma propre opinion sans être influencé par une figure publique ou un artiste. Je n’ai jamais manifesté pour une équipe de hockey. J’habite Québec mais je vais minimum une fois par mois à Montréal par affaire ou par plaisir. Je savais qui était Gilbert Rozon. Et malgré tout ça, je suis quand même en désaccord avec le mouvement de grève. De même que plusieurs de mes amis et connaissances (qui ne répondent pas non plus à tes critères). Peut-être que ça t’amuse de tenter de détruire l’image de l’autre pour augmenter ta «crédibilité» en tant qu’auteur.
    Tu devrais peut-être t’informer davantage sur qui sont cette supposé «majorité silencieuse» avant d’en faire un portait stéréotypé.

    Pour les «généreuses subventions» offertes pour l’évènement de la F1, cet argent sert en premier lieu à assurer la sécurité de l’évènement et de l’emplacement. Oui, ça coûte cher assurer la sécurité d’un évènement de la sorte. C’est un placement dans un évènement qui rapporte beaucoup plus que 75 millions. L’évènement rapporte au gouvernement mais aussi à tous les services (hôtel, restaurant, etc.) et aux employé(e)s de ces services (qui sont en partie des étudiants). Pour ce qui est des impôts, Monsieur en paie déjà dans son pays. On devrait le double imposer?

    Je pourrais continuer mais je m’arrête ici. C’est bien qu’une personne exprime ses idées. Simplement le faire en tentant de détruire l’«autre» ne fait pas avancer la cause. Tout «fait» à deux côtés, ton texte n’en présente qu’un seul et déborde de préjugé. Dommage.

Tour d'ivoire

Gabriel Marquis

Du haut de ma tour, je ne juge rien. J'suis pas nécessairement l'exemple qu'on donne aux enfants.

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