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Tour d'ivoire

Gros Méné : J’ai mordu à l’hameçon, mais quelqu’un a salé le café.

Gabriel Marquis
8 décembre 2013

La terre a tremblé hier soir à Québec, près du fleuve. Ce n’était point la faille de Logan, ni le Chtulu assaillant la ville, n’en déplaise aux rumeurs de bruits étranges qui ont envahi Facebook. Cela dit, ne rejetons pas trop vite la piste marine, puisque le suspect principal s’avère être un Gros Méné- Compte rendu du concert de Xavier Caféïne, Gros Méné et Midnight Romeo du samedi 7 décembre au Théâtre Petit Champlain de Québec.

Moi et le Requin jaguar naviguions en eaux à demi-connues. Il y a longtemps que je suis fan de Xavier Caféïne et j’ai assisté à plusieurs de ses concerts, notamment cet été au FEQ, suite à la sortie de son plus récent album, « New Love ». J’envisageais déjà les hauts et les bas de cette nouvelle prestation. Ou enfin, presque. Mais j’y reviendrai. Pour ce qui est de Gros Méné, j’ai bien rigolé en écoutant « Tue ce drum, Pierre Bouchard » et trouvé que « Agnus Dei » était un album très solide. J’ai aussi toujours aimé le look de gars en voyage de pêche de Fred Fortin. Cela dit, je n’avais jamais vu Gros Méné en spectacle (comment j’ai pu me passer de ça ? ). Quant à Midnight Romeo, je savais qu’ils faisaient de l’électro-pop « Fluo, lasers, tigres, pow! », c’est tout, mais déjà ça. Bref, la soirée promettait de bonnes prises.

La tâche d’ouvrir pour deux grosses pointures du rock « underground » québécois était de taille. Midnight Romeo ont rempli la mission avec une aisance qui témoigne de leur professionnalisme. Les chansons- rappelant quelque fois Metric et souvent, The Sound- se sont enchaînées avec un dynamisme parsemé de contacts très réussis avec la foule qui a répondu à l’appel. Au sein du groupe, le duo formé par la chanteuse et la claviériste retiendra notre attention, peut-être parce que les filles qui jouent de la musique c’est sexy, mais aussi certainement en raison de leur talent respectifs. Si on peut reprocher à la formation de Québec l’uniformité de son répertoire, elle possède néanmoins une signature qui pourrait faire sa marque sur le prochain album du groupe attendu pour 2014. À surveiller, donc.

La seconde partie du concert est celle qui m’intriguait le plus. Tant de questions me tourmentaient. Comment ça sonne, Gros Méné en version live ? Est-ce qu’ils jouent avec un Ski-Doo jaune moutarde sur le stage ? Est-ce que Fred Fortin va arriver avec une calotte et une chemise à carreaux ? Les réponses ont frappé comme un punch dans le gros visage tuméfié de George St-Pierre. Un Fortin en totale maîtrise de sa basse accompagné d’un Langevin vargeant délicatement sa six cordes et d’un autre Fortin (mais Pierre) tuant ce drum. Après quelques pièces, dont St-Prime et la truculente Venus, moi et le Jagg, nous savions que c’est le genre de prestation qui « vole le show ». Les gens, dont plusieurs étaient visiblement venus pour Caféïne, se sont laissés emporter par un stoner rock livré avec et une virtuosité chirurgicale (oh oui, clairement pour la guitare de M. Langevin) Quelques vieilles chansons comme Ski-Doo ont agrémenté un répertoire composé principalement de pièces du deuxième opus, Agnus Dei. L’Amour dans l’ rock et l’Amour à l’échelle 1/60 livrées en rappel seront mes coups de cœur d’une prestation qui s’avère bien supérieure à la simple écoute de l’album.

Après la pause bière, le moment était venu d’entamer la troisième partie d’une soirée vachement bien commencée. J’appréhendais avec impatience la venue sur scène de Caféïne. D’une part, j’aime beaucoup ce qu’il fait depuis la sortie de l’album Gisèle (2006) et d’autre part, je n’avais pas encore entendu les chansons « live » de son nouvel opus, New Love, dans une version décente, le FEQ donnant rarement le « beau son » aux premières parties. Pourtant, la performance à laquelle j’ai assisté m’a laissé un sentiment mitigé.

Commençons par le bon. Le théâtre Petit Champlain est un endroit fantastique pour le son. Si les deux premiers groupes sonnaient au-delà de mes attentes, la prestation de Caféïne et ses musiciens n’a pas fait exception, d’autant plus qu’ils pouvaient compter sur Ryan Battistuzi à la console. Le vieux matériel comme le nouveau a passé le test haut-les-oreilles : pas de fausses notes, pas d’anicroches, chansons rodées au quart de tour, Caféïne bien en voix.

Alors quoi ? Deux choses. Premièrement, comme je l’avais déjà remarqué à l’écoute de « New Love », album dont la majeure partie des titres sont en anglais, Caféïne est beaucoup plus à l’aise et de loin meilleur en français. Ses nouvelles chansons dans la langue de Shakespeare sont certes intéressantes au plan musical, mais la groove, les mots imagés et les paroles que l’on a envie de fredonner ne sont pas au rendez-vous. Heureusement, l’artiste a puisé généreusement dans son ancien répertoire, mais surtout à la fin. C’est dommage, puisque que la foule commençait à être moins galvanisée.

Ce qui m’amène au second point. Ayant vu Xavier Caféïne plusieurs fois en spectacle, j’ai l’habitude de son ton exubérant, un peu dandy et à la limite du sketch. Cependant, hier, c’était tout simplement trop. Je ne sais pas s’il avait vidé la cafetière avant d’entrer en scène, mais parler à la fin de chaque chanson pour remercier son public, le flattant en lui disant qu’il est fantastique et que c’est le meilleur show de l’année, particulièrement quand l’atmosphère est au plus correcte, c’est gênant. Au mieux, ça fait « Star Académie », au pire, ça a l’air forcé et hypocrite. Je pense que la foule se serait contentée de quelques remerciements bien sentis. Là, on nageait en plein trip d’ecstasy. Le requin jagg était mal à l’aise et moi, un brin aussi. Je pense qu’un compositeur de sa trempe n’a pas besoin de quêter l’attention et l’admiration de son public.

En commençant, Caféïne a dit que la barre était haute après Gros Méné. S’il n’a au final pas trop merdé, il avait raison : Fred Fortin et sa bande ont littéralement volé le show.

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Gabriel Marquis

Du haut de ma tour, je ne juge rien. J'suis pas nécessairement l'exemple qu'on donne aux enfants.

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